Atelier "Grand Paris" avec Laurent Lafon le 13 décembre 2008
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Intervenant : Laurent LAFON (maire de Vincennes, président du groupe Nouveau Centre au Conseil Régional d’Ile de France). Le débat était introduit par Nicolas Supplisson.
Réfléchir sur l’aménagement d’une métropole de rang mondial suppose au préalable de revenir sur la définition des fonctionnalités d’une ville. En effet, elle est à la fois un lieu de pouvoir mais aussi de concentration d’emplois et un espace de rassemblement, de flux et de savoirs. Paris ne déroge pas à la règle et nul ne peut contester aujourd’hui son statut parmi les villes exerçant une influence à l’échelle de la planète.Cependant, il serait illusoire de nier la question relative quant à la gestion de son développement comme de sa gouvernance. En effet, Paris reste handicapée par un concept assez ancien de repli sur des limites administratives restées figées depuis l’époque haussmannienne, si bien que la ville centre ne rassemble qu’un peu plus de 2 millions d’habitants sur moins de 100 kilomètres carrés ; ce qui la place dans une situation inconfortable à l’égard de ses concurrentes européennes. Il est désormais utile de concevoir le futur d’une capitale et d’une région comptabilisant 20% de la population française et 30% du PNB, dans une relation apaisée avec ce que l’on continue de visualiser comme « la banlieue ».
Ce que l’on évoque à travers la notion dite du « Grand Paris » relève en effet de concepts multiples. La relance de ce concept tient dans une volonté de Nicolas Sarkozy, ancien élu francilien, dès son élection de reprendre une vision de l’aménagement face aux enjeux de la zone dense et de la prévention des facteurs de l’étalement urbain.
Les problèmes que traverse notre région sont aujourd’hui connus et se résument en 3 volets essentiels :
L’aspect d’une crise du logement et de l’accès au logement
Lors de la dernière décennie, l’Ile de France fut la région française produisant le moins de logements notamment dans le parc social, ceci en raison d’antagonismes entre les acteurs concernés, et de la multiplication d’offices publics et de bailleurs. En vérité il existe une mauvaise répartition du parc existant ce qui aboutit à des phénomènes de ségrégation sociale, auxquels les émeutes de l’automne 2005 ont servi de catalyseur. Au-delà de l’aspect symbolique du débat sur les tours, la question de la densification des centres villes pose donc la question de reconstruire la ville sur elle-même et de savoir penser l’utilisation de la hauteur pour réduire les conséquences néfastes de l’éloignement par rapport aux bassins d’emploi.
La détérioration des conditions de développement économique
L’Ile de France connaît aujourd’hui un taux de croissance relativement faible et inférieur même aux autres régions française. Elle dispose cependant d’atouts indéniables (l’aéroport Charles de Gaulle au 5ème rang mondial mais saturé, l’excellence de pôles de recherche autour du plateau de Saclay, des capacités dans l’accueil des entreprises à la Défense, des pôles de compétitivité autour des villes nouvelles ou d’axes structurants de transport).
Un déficit cruel d’investissements dans les transports lourds
Cette question se pose à la fois du point de vue des entreprises (besoin de réseaux, de pôles multimodaux ou de « hubs ») mais aussi vis-à-vis du monde professionnel en raison des facteurs de saturation ou de l’inégal accès à la mobilité (ligne 13, zones d’ombres dans les quartiers sensibles, convergence des lignes RER vers les Halles, déficience de lignes entre les banlieues). De manière générale le réseau reste radial et il manque à l’exemple des métropoles européennes, d’une ligne périphérique de proche couronne comme de tangentielles qui pourraient être connectées avec le TGV.
L’idée du Grand Paris peut donc paraître iconoclaste mais à travers les exemples mentionnés, elle touche au quotidien d’un espace territorial et humain plus vaste que certains pays de l’Union. Certes, l’Ile de France en tant que région, dispose depuis les lois de 2004 (acte 2 de la décentralisation) de compétences élargies tant sur les transports (prise de contrôle du Syndicat des Transports ou STIF) comme de l’économie (principe de primauté sur les autres collectivités locales). Elle est par ailleurs compétente en terme de définition de priorités d’aménagement au travers de l’élaboration d’un document de programmation ou Schéma Directeur de la Région Ile de France (SDRIF).
Cependant ses ambitions restent très limitées d’où un besoin de réforme selon trois mécanismes de travail ou de coopérations :
L’approche de «Paris Métropole»
Lancé dès l’élection de Bertrand Delanoë en 2001, cette initiative intervenait en marge de la rédaction du Plan Local de l’Urbanisme, lequel stipulait une concertation de la trentaine de communes limitrophes. Elle partait du constat tant de ruptures territoriales (périphérique), de transports, de fiscalité, et de développement économique (émergence de nouveaux territoires attractifs comme Plaine Commune sans réflexion avec Paris). Dès 2006, les maires se sont réunis en conférence métropolitaine afin d’une part de dépasser les clivages politiques antérieurs et de dresser un constat. Ceci a permis donc de dégager un consensus assez large et de déboucher sur la naissance d’un syndicat mixte d’études dont la vocation s’apparente selon ses statuts à un observatoire territorial. Néanmoins la pomme de discorde porte sur l’étendue de sa vocation (notamment autour du contentieux fiscal entre les entreprises et des degrés de péréquation possibles) et sur le tracé même du projet de métro périphérique
L’approche de Christian Blanc
Ancien préfet de Seine et Marne, ancien président de la RATP, et élu Nouveau Centre des Yvelines, Christian Blanc a été promu en Mars 2008 « secrétaire d’Etat à l’aménagement de la région capitale». Sa mission consiste d’ici le printemps 2009 a ébaucher un texte de loi portant sur le cadre institutionnel de l’aménagement francilien qu’il conçoit avant tout comme un territoire de projets autour de principe majeurs de développement économique et de recherche. Néanmoins se pose la question du financement de ces thématiques, de ces organes dirigeants et d’un calendrier rendu complexe par l’immédiate proximité des élections régionales.
Les approches plus radicales donc plus contestables
Plusieurs élus à l’image du Sénateur UMP de Seine Saint Denis Philippe Dallier ont voulu remettre en cause l’organisation née des années 60. En effet, ils contestent un modèle qui selon eux aurait détruit l’espace de coordination que matérialisait l’ancien département de la Seine dissout en 1964. A ce titre, ils proposent la fusion programmée des 4 conseils généraux de Paris et de la petite couronne en misant sur une Taxe Professionnelle Unique, un syndicat des logements et une élection au suffrage universel d’un maire du «Grand Paris». L’articulation de la gouvernance s’exercerait selon des couples Paris/ arrondissements plus compétents, communes/ territoires structurés, aire centrale de Paris/ Région Ile de France élargie au Bassin Parisien
Il y a donc plusieurs façons de concevoir les approches liées aux compétences (faut-il sacrifier l’identification des habitants à une commune, faut-il mettre à mal les politiques de cohésion sociale des départements ?) comme les périmètres les plus appropriés (au risque de marginaliser les franges de Seine et Marne ou des Yvelines non intégrées au projet du Grand Paris ?).
Cette question sera au cœur des prochains enjeux électoraux et d’une redéfinition des cartes administratives.
Compte de la table ronde sur les enjeux du « Grand Paris »
Séminaire francilien Jeunes Centristes du 13 décembre 2008
Rapporteur : Frédéric Vincent (jc fédé 91)