Atelier "Croissance en Ile de France" par Christian St Etienne le 13 décembre 2008
Vidéo n°1 http://www.dailymotion.com/video/x7rqce_croissance-en-iledefrance-par-chris_news
Vidéo n°2 http://www.dailymotion.com/video/x7rrkl_croissance-en-iledefrance-par-chris_news
Vidéo n°3 http://www.dailymotion.com/video/x7rscm_croissance-en-iledefrance-par-chris
Intervenant : Christian Saint-Etienne (professeur d’économie, conseiller de Paris du 5e arrdt, conseiller régional d’Ile-de-France). Le débat était introduit par Nicolas Alexandre.
Un aménagement du territoire basé sur 10 grandes métropoles avec des concentrations assumées
Depuis 30 à 40 ans, le développement économique se fait autour de plusieurs centres, les questions principales sont : comment articuler tous ces centres spécialisés et doivent-ils rester spécialisés ? Les décideurs du secteur privé décident d’implanter une activité selon le prix du m2 et selon la proximité d’activités de même nature. La politique d’aménagement du territoire menée en France depuis 30 ans est donc inadéquate. Répartir les activités sur l’ensemble du territoire aboutit à un affaiblissement majeur des activités car elles passent en dessous de la masse critique pour une bonne efficacité. De même, envoyer un investisseur qui souhaite installer ses bureaux en région parisienne à Périgueux, n’a comme effet que de l’inciter à s’installer à Londres ou à Barcelone. En France, dix grandes métropoles peuvent rassembler les 2/3 de la population et produire 80% du PIB. La métropole pourrait être définie comme tout ce qui est à 45 minutes en voiture du centre de la métropole. Ces dix grandes métropoles seraient : Paris, Lille, Strasbourg-Nancy-Metz, Lyon-Grenoble, Marseille-Montpellier-Toulon, Nantes-Rennes, Le Havre-Caen-Rouen, Toulouse, Bordeaux.
La politique d’aménagement du territoire qui en résulterait doit tenir compte de la globalisation : les interactions numériques (fibres optiques), les interconnections en moyens de transport et la concentration des moyens intellectuels devront être optimales. Grâce à cela, on pourrait construire des pôles de compétition mondiale avec une administration régionale.
La théorie de Paris contre le désert français était déjà fausse il y a 30 ans, mais l’est encore plus aujourd’hui ! L’Ile-de-France concentre 40% des forces de recherche françaises. Or, la population des chercheurs franciliens vieillit car l’essentiel des recrutement a été concentré sur la province. Il est absolument nécessaire de recruter de manière significative des jeunes chercheurs en Ile de France.
Cependant, on ne peut pas penser division métropolitaine sans réfléchir à la stratégie globale de la France. La situation actuelle du pays s’est considérablement dégradée. Dans ces conditions, il faut un centrisme dur, avec une exigence absolue de vérité, ce qui nous condamne à ne jamais être très nombreux. L’Histoire l’a souvent montré : ceux qu’on appelle pour régler les problèmes de manière drastique, en situation de crise aiguë sont souvent virés sans ménagement une fois la situation rétablie. C’est arrivé à De Gaulle et à Churchill.
L’appareil de production français a vieilli
L’appareil de production français a vieilli et est sous-dimensionné par rapport à la taille du pays. Nous avons perdu 30% de part de marché depuis 1999. Tous les moyens intellectuels du pays devraient être centrés vers cette crise majeure de l’offre, à laquelle s’ajoute une crise énorme des finances publiques.
Les remèdes pour régler les problèmes seraient les mêmes qui permettraient de retrouver un maillage territorial, un de ces remèdes serait d’assumer la concentration maîtrisée. Dans le cas de l’Ile de France, il faudrait mettre en place une triple ceinture du bassin parisien avec une triple ceinture d’interconnection. Le réseau actuel date de 1920-1925 ! Un métro qui interconnecte tous les terminus des lignes radiales est absolument nécessaire. Terminer la francilienne et la passer à trois voies en construisant des tunnels sous les forêts est également crucial ; des péages d’optimisation assureraient la fluidité du traffic. La troisième ceinture serait constituée de la route et du rail à 40-50 km de Paris. Il faudrait également doter la France de compétences qu’on puisse vendre à l’étranger comme le TGV. Les mêmes mesures devraient être prises pour les autres grandes métropoles françaises comme le grand Lyon, le grand Toulouse ou le grand Nantes.
La mise en oeuvre de toutes ces mesures suppose des changements institutionnels majeurs avec un double couple région + département et une spécialisation de chacun des acteurs. Depuis une loi de 1920 les collectivité territoriales ont des compétences dans tous les domaines. Ce n’est pas acceptable, car la situation actuelle montre bien que ce système ne marche pas. Alors, faut-il supprimer les départements ? Actuellement, 3000 conseillers généraux quasiment bénévoles labourent leur terrain jour et nuit. Faut-il les remplacer par des fonctionnaires qu’il faudra payer bien plus cher et se mettre à dos l’ensemble des conseillers généraux ? La meilleure solution est la spécialisation : les départements gèrent tout ce qui a trait au social tandis que la région s’occupe du développement économique. Actuellement le département est au même niveau politique que la région, alors qu’il devrait être une subdivision de la région.
La croissance en Ile de France ne peut pas être relancée sans une mutation politique et institutionnelle totale. Alors que la région parisienne devrait être une motrice pour la France, elle est à l’arrêt. L’Ile de France croit 2,5 fois moins vite que les autres régions comparables dans le monde. Les transports sont très importants pour le développement économique. La politique actuelle en matière de transport consiste à pourrir la vie des parisiens alors qu’on devrait optimiser leurs déplacements.
La densification maîtrisée est un vecteur de liberté car elle multiplie les possibilités de rencontre. Dans le bassin parisien, à 30 minutes de déplacement, tout le monde a 1 million de possibilités d’emploi, contre 100 000 à Toulouse, et seulement quelques centaines à Saint-Affrique (Aveyron). Les jeunes, les pauvres, tous ceux qui ont besoin d’un changement vont là où la densité est la plus forte. La mondialisation est avant tour métropolitaine !
La région parisienne a de nombreux atouts pour devenir attractive : la présence de forêts proches comme Fontainebleau ou Chantilly sont des facteurs de qualité de vie que n’ont pas d’autres métropoles mondiales comme Londres ou Tokyo.
La remise au travail des 55-65 ans est également fondamentale pour l’amélioration de la situation économique. Actuellement tout le surplus de croissance est donné au plus de 50 ans, ce qui aboutit à l’appauvrissement des classes actives et des jeunes. La seule classe d’âge qui se déclare “contente de son sort” est les 65-70 ans. S’il faut attendre 65 ans pour avoir une vie agréable, ce n’est pas bon signe pour la société française ! Il faudra donc allonger la durée de cotisation et reculer l’âge de la retraite. Si cette réforme n’est pas faite, la crise des finances publiques ne peut que s’accentuer.
Développer le tissu de PME s’avère crucial mais les entreprises, quelles que soient leur taille, ne peuvent pas se développer dans une région où on ne peut pas circuler ! Dans tous les pays d’Europe 90% des déplacements personnels et de marchandise se font par la route. Il s’agit donc de faciliter ces déplacements et non de les entraver. Le redémarrage de la région se fera par une réflexion sur le Grand Paris, dans un modèle de croissance métropolitaine. Il ne s’agit pas de s’opposer à ce que les gens veulent, mais le maîtriser. Les constructeurs de panneaux solaires veulent s’installer à côté de gens qui ont la même activité qu’eux, laissons les faire au lieu de les entraver !
On peut se laisser porter par une vague, tenter de lutter contre ou l’utiliser, comme les surfers. Alors utilisons les vagues de la mondialisation !
Atelier n°1
Séminaire francilien Jeunes Centristes du 13 décembre 2008
Rapporteur : Anne Boulestin (jc fédé 75, vice présidente des jeunes centristes)