L'Europe dans la crise - 4 avril 2009 J.M. Cavada "l'Europe nous protège, il faut protéger ce qui nous protège"

Publié le par Jeunes Centristes 94

Rassembler les centristes a organisé hier au Sénat un colloque très intéressant sur "L'Europe dans la crise".

Voici le programme auquel j'ai assisté avec joie et intérêt :

10h : Discours d'ouverture de Jean Arthuis, sénateur de Mayenne, président de "Rassembler les centristes"

10h15 : Propos introductifs de Jean Dominique Guiliani, président du conseil d'Administration de la fondation Robert Schuman.

10h30-11h30 : Table ronde n°1 : Les Réponses de l'Europe


Viviane de Beaufort, professeure de l'ESSEC, a mis en valeur 3 éléments essentiels à développer en Europe : les PME, les jeunes et les cerveaux.
- Elle a expliqué pour l'Europe est encore trop une frontière difficile pour les PME qui doivent pouvoir bénéficier de ce nouveau marché. Elle a expliqué, que pour ce faire, il fallait informer les PME des contraintes législatives de chaque Etat membre pour qu'elles n'aient pas peur de commercer à travers les frontière et qu'un portail internet créé le 23 mars dernier allait dans ce sens "l'Europe est à vous entreprises". Par ailleurs, pour elle il faut adapter le cadre juridique aux PME (aides aux PME gérées par les Etats, TVA à taux réduit, baisse des délais de paiement, sté privée européenne) et aider en priorité à développer les fonds d'innovation, développer le capital risque européen et aider les jeunes entrepreneurs à voyager à travers l'Europe. Une autre solution consiste au marché réservé comme le fait la France en réservant 15% de ses marchés publics aux PME, et faire appliquer la charte des bonnes pratiques.
- Les jeunes étant l'avenir, elle a proposé de développer des choses simples qui permettent à chaque jeune de se sentir plus proche de l'Europe en facilitant l'Erasmus des jeunes par des équivalences entre Etats et des classes vertes avec des jumelages pour les plus jeunes à travers toute l'Europe.
- Concernant la recherche, il faut investir dans la recherche au delà de Galileo, dans la recherche de la santé, de l'environnement et de l'énergie notamment atomique.

Noëlle Lenoir, avocate et ancienne Ministre des affaires européennes, a expliqué que la crise financière, qui était devenue une crise de l'économie réelle était en train de devenir une crise sociale importante qui allait influencer les élections européennes. Pour elle, la crise actuelle est non seulement une crise qui vient des USA, mais aussi une crise des politiques qui n'ont pas pris leurs responsabilités en contrôlant le marché.
Elle a expliqué que l'Europe avait très bien joué son rôle dans cette crise :
- un rôle de pompier "l'Europe pompier"
Elle dénonce la faute d'un système global où les politiques ont joué la facilité. La marché doit supporter l'économie et l'emploi car chaque employé est un consommateur. Par des exportations de dettes au travers d'émission de créances hors bilan dans les paradis fiscaux, un marché parallèle est né à côté du marché régulé. Face à cela l'Europe a joué les pompiers de manière spectaculaire grâce à l'Euros qui a permis d'éviter la déflation : l'Euro a été un bouclier qui a évité l'effondrement de notre monnaie, grâce à la réactivité de la banque centrale européenne qui a permis d'éviter de nombreuses faillites, grâce au traité de Rome dont l'article 87 avait prévu des aides pour remédier à une perturbation grave de l'économie sans créer des distorsions trop fortes de concurrence qui mettraient d'autres entreprises européennes en difficulté.
- la réaction de l'Europe par la formation du G20 :
L'Europe a reformé le couple franco-allemand dont les propositions ont prévalu sur les propositions anglo-américaines sans pour autant créer une scission de l'Europe entre l'Europe continentale et l'Europe anglophone. Les propositions qui ont prévalu ont consisté à demander une moralisation de l'économie avec le politique comme arbitre.
- L'Europe a eu une première réaction sociale : il faut savoir qu'il existe un fond d'ajustement pour la mondialisation avec 1 milliard d'euros de débloqués qui doivent aider au reclassement des salariés et que seulement 6% de ce fond ont été utilisés pour le moment .... 


11h30-11h45 : Echanges avec la salle


Peut on avoir une Europe sociale sans Europe politique ?

Pour Mme Lenoir, l'Europe politique et l'Europe sociale existe déjà. Elle agit sur l'égalité entre les hommes et les femmes, sur les droits des travailleurs face au licenciement collectif, sur la santé des travailleurs, sur le droit des patients pour le remboursement des soins quand on est dans un autre Etat.

Pour M. Cavada, on assiste aujourd'hui à une "hypocrisie totale", on voit aujourd'hui que les Etats unis cherchent une voie sociale de la protection contre la misère, et nous, européens, alors que dans chaque Etat européen, on a des sécurités sociales qui nous protègent, on crie au loup contre l'Europe qui nous apporte une sphère du "bien vivre" grâce à la chartes des droits fondamentaux et grâce au maintien de nos acquis sociaux qui sont largement supérieurs aux autres pays du monde. Il est vrai, toutefois, qu'il reste des choses à faire comme avoir des protections par des minima par rapport au chômage ... si tous les Etats ne peuvent pas pour le moment mettre le même minima de revenu minimum, cela pourra être fait par une coopération renforcée du style "qui m'aime me suive" … ce qui permettra une avancée fédérale en Europe qui finira, parce que cela fonctionnera, par être adoptée par tous les Etats

Pour M. Artui, il est difficile de défendre dans l'Europe notre modèle social tant que nous ne sommes pas capable de défendre son financement par un financement qui ne nous mènerait pas chaque année à un déficit public supérieur.

11h45-12h30 : Table ronde n°2 : L'Europe qui protège


Jean Marie Belin, directeur du développement européen, a développé le fait que bien que l'Europe nous protège, peu de citoyens européens le savent, et tout particulièrement les français. 30 à 70 % des européens lisent la presse alors que 95% des européens regardent en moyenne 3heure la télévision par jour.
L'adhésion à l'Europe passe par l'information or on assiste à un manque d'incarnation de l'Europe et à une fausse image de l'Europe dans les médias. Les médias français créent le nationalisme du traitement de l'actualité.
Par exemple, on devrait traiter l'Europe comme un service intérieur de notre actualité et ce n'est pas le cas, c'est traité comme une actualité internationale. Par ailleurs, quand on nous montre une personnalité européenne, c'est nécessairement à côté d'une personnalité française sauf quand on personnalise de manière négative les commissaires européennes vus comme des technocrates ...
Rien n'est fait aujourd'hui pour qu'on aime l'Europe. Par exemple, la commission européenne a fait 4 plans de communication en 4 ans pour promouvoir la commission et non pas pour informer sur l'Europe. Les chaînes allemandes utilisent de nombreuses heures de leur journaux pour parler de l'actualité des autres Etats de l'union : les allemands connaissent ainsi beaucoup mieux l'actualité française que nous ne connaissons l'actualité allemande.
Il faut montrer l'Europe et les autres européens aux français si on veut que les français aiment l'Europe. Comment aimer ce qu'on ne connait pas? Comment faire confiance en ce qu'on ne connait pas? Cela pourrait passer par une contrainte d'expression européenne dans les médias, notamment dans la convention avec le CSA et sur les chaînes parlementaires.

Jean Marie Cavada, député européen, a développé que l'Europe était un lieu de protection. "On est face à une idée fausse que l'Europe ne marche pas"
- L'Euro a été l'antibiotique fédéral le plus puissant face à la crise: il a garantit la stabilité de la monnaie pour éviter la déflation qui aurait fait baisser notre pouvoir d'achat et il a forcé les Etats à une bonne conduite économique pour lutter contre la crise. De même la BCE (banque centrale européenne) a réagit promptement et efficacement. "Il faut protéger ce qui nous protège" Sans l'Euro, "on aurait eu un Munich financier". N'oublions pas l'Island qui est dans l'espace Schengen et qui n'est pas dans l'Euros et qui aujourd'hui s'en mort les doigts (faillite de toutes ses banques en une journée ... et donc des entreprises ... et donc de l'emploi ...)
- la construction européenne a protégé l'émanation d'une grande agriculture européenne alors qu'en 1950, on importait des denrées alimentaires (blé, maïs, soja, viande ...) maintenant on est le 2ème exportateur mondial
- La Chartes des droits fondamentaux est un outil du bien vivre en Europe que les autres Etats étrangers nous envient. Des délégations étrangères viennent voir le Parlement européen pour demander de l'aide pour établir un système comparable. Cette chartes est une machine qui permet le développement des libertés individuelles et collectives, le "bien-vivre".
- La sécurité justice et libertés avec un parquet européen est un outil fédéral de lutte contre la criminalité extraordinaire (Europol, Eurojust, agence de lutte contre la toxicomanie, parquet et mandat européen)

Que faut il faire ?
- Quand la politique s'en va, la technocratie s'engouffre. Il faut remettre de la politique dans l'Europe. Que l'Europe ne soit pas qu'économique mais aussi politique.
- Il faut une politique commune concernant les énergies. Il n'est pas normal que chaque Etat aille implorer la Russie pour l'énergie alors que les Etats européens sont leurs quasi seuls clients : si l'Europe négociait pour tous les Etats européens avec la Russie, nous aurions des prix bien plus intéressants ...
- Il faut des réserves énergétiques communes et que l'énergie aille à là où on en a besoin

- Il faut que l’Europe accentue son rôle d’amortisseur face à la mondialisation

- Il faut que l’Europe développe la recherche car cela crée des brevets donc de l’emploi

- il ne faut pas renoncer à notre protection et à une meilleure répartition des richesses qui est essentielle pour ne pas laisser la pauvreté s’étendre même s’il faut maîtriser les coûts de productivité : il faut développer une « économie sociale de marché »

- il faut développement l’éducation de nos enfants vers l’Europe


Janelly Fourtou, député européen, a développé l’idée d’une protection du consommateur par l’Europe. Elle a noté que le terme protection est partout dans le Traité et qu’il y a 500 000 000 consommateurs en Europe. L’Europe travaille beaucoup sur la protection des consommateurs face aux contrefaçons qui touchent même aujourd’hui des médicaments, des pièces détachées automobiles qui peuvent nuire à notre santé ou sécurité. Grâce à l’Europe, on a dans nos supermarchés une traçabilité des produits sur les étiquettes et une meilleure sécurité des jouets. L’Europe travaille par ailleurs sur la dangerosité chimique des produits et sur l’écologie. Elle nous permet en cas de péril où qu’on soit en Europe d’appeler le 112 et d’avoir une personne qui parle notre langue au téléphone et qui nous apporte une solution.


12h30-12h45 échange avec la salle

Comment l’Europe nous protège t elle quand on voit des mises au chômage tous les jours à la télé ?

J.M. Cavada : L'Europe protège nos entreprises notamment les PME et ainsi nos emplois. Pour se rendre compte de ce que nous apporte l'Europe, il est intéressant de comparer l’Europe et les Etats Unis. Aux Etats Unis, ce n’est pas des milliers d’emplois perdus mais des dizaines de milliers perdus des fois en une journée (exemple de Chicago où 46 000 emplois ont été perdu en une journée).  Sans elle, on pourrait multiplier par 10, voire plus, les pertes d’emplois, sans compter la protection du pouvoir d’achat dont on a parlé auparavant. L’Europe ne garantit pas l’emploi mais elle amortit la crise et en cela elle nous protège.

 

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Publié dans Européennes 2009

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