Compte rendu de la 2ème table ronde : "la République démocratique du Congo" du débat sur les Droits de l'homme du 21 mars

Publié le par Pole relations internationales et droits de l'homme

II. La République démocratique du Congo

Les intervenants de cette table ronde étaient :

Patrick Helmlinger, rapporteur d’Amnesty internationale pour l’Afrique centrale ;

- Henri Schwebel, secrétaire général d’Unicef France ;

- Stéphane Zerbib, avocat notamment à la Cour pénale internationale pour le Rwanda, représentant du Nouveau centre.

 


La guerre en République démocratique du Congo (RDC) conduit à l’équivalent d’un « 11 septembre tous les jours depuis 10 ans ». On estime ainsi à 4 millions le nombre de personnes mortes du fait du conflit, des crimes de guerre, du manque de nourriture, des déplacements de population en camp de réfugiés, du manque d’hygiène et des maladies en résultant. Il n’y aurait pas eu de conflit plus meurtrier depuis la 2nde guerre mondiale.


        1) 
La présentation de la genèse du conflit :

Dans un premier temps, pour comprendre la situation actuelle en République Démocratique du Congo, les présentateurs ont  posé les liens qui unissent cet Etat à celui du Rwanda puis ont développé rapidement l’évolution propre à la gouvernance de la République démocratique du Congo. A cette fin, on remontera quelques années plus tôt. 

En 1994 survient le plus grand génocide après l’holocauste. Les genèses du drame échappent alors à une majeure partie d’occidentaux, alors même que la division de la société Rwandaise trouve ses sources dans la période coloniale. Dans les années 30, l’Etat belge qui exerçait sa domination sur cette région d’Afrique, crée deux ethnies à partir d’une division préexistante dans la société Rwandaise entre les plus modestes et les plus riches. L’ethnie Tutsi constituera la noblesse, tandis que l’ethnie Hutu formera le tiers Etat.  Alors que l’après guerre connaît ses premiers désirs d’émancipation des peuples, l’élite Tutsi réclame, à partir des années 50, l’indépendance du pays et sa laïcité. En réaction, le colonisateur Belge se retourne vers les Hutu, qui constituent alors la majorité de la population. Ainsi les Hutu installés au pouvoir entreprennent une forme de revanche sur la domination historique des Tutsi. Celle-ci aboutit en 1990 à l’élimination organisée de l’ethnie Tutsi. Le génocide de 1994 prend fin avec la défaite des forces armées régulières face au front patriotique Rwandais composé de Tutsi et de Hutu « modérés ». In fine, une grande partie du gouvernement revient aux Tutsi.

Dans un second temps, alors que la RDC connaît depuis 30 ans la domination du général Mobutu, un front hétéroclite d’ennemis s’élève en 1996 pour le renverser, avec à sa tête Laurent Désiré Kabila. La coalition implique le Rwanda de Paul Kagamé, comme l’Angola. Les affrontements successifs pour le pouvoir se terminent en 2003 avec un nouveau gouvernement mené par le fils de Kabila. L’effectivité du pouvoir central de la RDC sur la totalité de son territoire est très faible. Par conséquent ce dernier connaît le développement de nombreuses milices dotées de pouvoirs autonomes.

2) Qui sont les miliciens ?

 

Pour Patrick Helmlinger, « c est un vaste sujet parce qu’il y a eu et il y a un grand nombre de groupes armés, maintenant en théorie ils se sont ralliés et devraient être intégrés dans les forces armés de la RDC. Il y a une question connexe sur la RDC, parce que vous avez fait allusion aux accords de paix qui aboutissent à un régime de transition dans lesquels les différents belligérants ont partagés le pouvoir, c’était la formule 1+4, Joseph Kabila président et puis 4 vices présidents dont un émanait dont 1 émanait de l’Est du Congo Jean Pierre Bemba qui est maintenant à La Haye devant la Cour Pénal Internationale (CPI) pour les exactions qu’ont commis ces troupes et 1 membre de son ancien gouvernement, représentant de l’opposition du monde armé. Tous ces gens se sont partagé toutes les places, non seulement au gouvernement, mais aussi dans l’administration, dans la diplomatie et partout. Par exemple, pendant cette période, l’ambassadeur de la RDC en France était en fait le représentant du MLC (mouvement de libération du Congo), le parti de Jean Pierre Bemba.

Ils ont formé une armée, le terme employé c’était le brassage, ils ont amalgamé en fait les anciennes forces armées congolaises et les armées des différents groupes (RCD Goma, MLC etc…) Ce qui fait que l’armée de RDC est un amalgame assez improbable de tous ces groupes alors c’était viable s’il y avait eu dix ans pour former une véritable armée nationale.

Mais il y a eu le phénomène Nkunda, le général Nkunda, qui d’ailleurs était un général du RCD Goma qui, lui, a refusé de se rallier au système de transition. Et il s’est établi dans sa région d’origine du Nord Kivu avec les troupes du RCD qui lui étaient restées fidèles et avec le soutien du Rwanda, ça a été établi par un rapport du panel d’experts qui est paru en décembre.

Ils ont essayé de s’entendre et ils ont inventé une formule dans laquelle les troupes de Nkunda faisaient partie de l’armée de la RDC, ce qui fait qu’en fait il y avait une armée officielle avec deux chaînes de commandement, et puis en 2007 Kabila a essayé de régler les choses par la force pour reprendre possession du Nord Kivu. Ça a été une défaite écrasante pour le FLRDC qui a eu beaucoup de morts, a perdu beaucoup de matériels au profit de Nkunda qui s’est renforcé en définitive. Et ils en sont venus à une conférence pour rétablir la paix et la sécurité dans le Kivu. En 2008, il en est résulté un programme.  

 

Rappelons rapidement les groupes principaux de milices ou « interhamwe »

-          la Force démocratique de libération du Rwanda (FDLR) composée d’Hutus rwandais dont certains sont des anciens génocidaires qui ont fui le Rwanda par peur des jugements et des représailles. Ils représentent 6000 hommes. M. Helmlinger précise qu’il reste des anciens génocidaires peut être dans le commandement mais la plupart sont simplement des Hutus.

-          Le deuxième groupe c’est les tutsi rwandais qui ont profité de la rébellion contre le dictateur Mobutu pour envahir la RDC sous prétexte de traquer les anciens génocidaires. Pour de nombreux observateurs, cette volonté de poursuivre les « anciens génocidaire » est en fait un prétexte pour mettre la main sur les richesses de la RDC. C’est leur chef qui s’appelle Laurent Nkunda. C’est quelqu’un d’assez spécial. C’est un homme assez cultivé qui parle couramment anglais et français, quelqu’un qui est installé dans le Massissi, fief de son parti, le « Congrès National pour la défense du Peuple » (CNDP). C’est quelqu’un qui s’est ainsi battu contre les armées régulières congolaises à de multiples reprises dont en 2007, quelqu’un qui s’affiche haut et fort comme homme de Dieu, M. Helmlinger précise qu’il est prêcheur pentecôtiste, « c’est toujours dangereux un chef de guerre qui a le saint esprit dans la poche ». Nkunda prétend que « le 10 avril 2007, le seigneur leur aurait demandé de changer les choses » et qu’il aurait une « mission ecclésiastique », ce qui signifie que d’après lui, il aurait derrière lui des chrétiens et des musulmans et sa doctrine, il l’appelle le « justicisme chrétien », il dit que le pasteur a le devoir de protéger les brebis contre la menace armée, c’est sa vision des choses et on peut voir tout le danger qu’il y a derrière une vision pareille et il dit qu’il protège la minorité Tutsi et qu’il a le soutien officiel du général Kagamé, actuel président du Rwanda. C’est amusant de voir qu’il se compare au Général De Gaulle en France en 1941 face à l’occupation allemande en France. Il compare l’occupation allemande des français à l’occupation Hutu du Congo, ce qui est quand même incroyable. Il a longtemps été recherché (mandat depuis septembre 2005) pour crime de guerre et crime contre l’humanité et a été arrêté au début de l’année 2009 pour être traduit pour crime de guerre devant la CPI.

-          Ensuite on a les Maïmai. M. Helmlinger explique que les Maïmaï sont des milices ethniques ou communautaires qui existent depuis très longtemps. C’était des groupes arabisés qui se défendaient déjà au 19ème siècle contre les prédateurs, les chasseurs d’esclaves venus de la côte de l’océan indien. Ils ont introduit les armes à feu dans la région et ils ont fait une interprétation des ablutions islamiques et de la force des armes à feu pour dire que ça donnait l’invincibilité. Et puis c’est ressorti à différentes périodes, et ce sont des groupes qui pour protéger leur communauté, ont pris les armes contre justement les Rwandais et le RCD. Alors c’est compliqué car il y a eu des regroupements. Et M. Zerbib explique qu’en plus ils ont été instrumentalisés à plusieurs reprises par des groupes politiques. M. Helmlinger ajoute que de même que les rebelles ont été instrumentalisés par le Rwanda et l’Ouganda, ils ont aussi été instrumentalisés par le pouvoir central car ils luttaient contre les ennemis du pouvoir, qui les fournissait en armes etc… Alors ils sont organisés en un groupe « les résistants Congolais » qui est un regroupement de plusieurs groupes Maïmaï, c’est le troisième groupe le plus important dans cette région.

-          M. Helmlinger explique qu’il y a aussi un autre groupe important : la résistance armée de l’Ouganda, force armée complètement sectaire et assez délirante qui étant vaincue en Ouganda s’est repliée dans le sud Soudan et dans le nord de la province orientale de RDC et qui commet des exactions aussi.

M. Stéphane Zerbib ajoute que c’est très compliqué, qu’en tant qu’avocat au tribunal pénal international pour le Rwanda, il a eu à traiter ce problème là, surtout dans le génocide, en mettant en place une juridiction d’exception qui mélangeait à la fois les Tutsis et les Hutus, ils ont essayés de classer les groupes mais c’est très compliqué car il y a les groupes changent aux grès des alliances régionales.

M. Schwebel explique que si c’est très compliqué, c’est par un certain côté assez simple. Le drame du Congo, c’est que c’est un pays riche et ces bandes armées qui utilisent des prétextes idéologiques, nationalistes, pour le Rwanda, c’est surtout un problème d’extension territoriale, c’est parce que c’est un pays riche, ce ne sont que des bandits, c'est-à-dire malgré toute l’idéologie qu’on peut y mettre, ils s’enrichissent sur le peuple, et ils pillent les richesses du pays à leur profit et ils massacrent les populations alors « je dis qu’ils y a beaucoup de groupes pour lesquels on peut trouver des explications là-dessus mais le fond du fond, c’est que le Congo est un pays riche ». M. Zerbib précise que ce qui se passe au Congo est qualifié de « première guerre continentale africaine » par l’ensemble des parties parce que ça impliquait de nombreux pays limitrophes : l’Angola, le Rwanda, l’Ouganda … M. Schwebel ajoute qu’ils ne sont pas intervenus pour le bien du pays, le Rwanda a participé au pillage des richesses du Congo.

        3) Quel est le rôle des minerais dans ce conflit ?

 Rappelons tout d’abord quelques éléments. Certains disent que les minerais permettent le financement des rebelles, d’autres que c’est en raison des minerais que les rebelles organisent la guerre pour assurer le pillage mais c’est toujours un peu l’histoire de la poule et de l’œuf et ce n’est pas le plus intéressant.

Ce qui est intéressant c’est de savoir que les minerais convoités là bas sont l’or, le diamant dans le centre du Congo et surtout le Coltan qu’on connait assez peu. M. Zerbib explique que le Coltan, c’est ce qu’il y a dans le téléphone portable et en effet, le Coltan est utilisé essentiellement dans la fabrication des processeurs des téléphones portables, des ordinateurs,  dans les consoles de jeu vidéo, fabrication de fusées et d’avions aussi car c’est un minerai assez résistant. C’est un minerai rare qu’on trouve, notamment, en RDC et en Australie. Dans les mines à Coltan, on trouve des hommes, des adolescents et des enfants. Trois à cinq Kilo de Coltan sont achetés 35 dollars au propriétaire d’une mine, ce qui peut représenter beaucoup d’argent là bas. Le Coltan a été rebaptisé « le Coltan du sang ».

Il faut savoir que l’ONU a demandé le boycott et l’embargo de ce minerai par la résolution 1457 en 2003, sauf que depuis 2003, des associations dénoncent et on s’aperçoit trop souvent que rien n’a changé. En ville de nombreuses agences approvisionnent les mineurs et transportent le Coltan, les sociétés vont même jusqu’à utiliser les cigles des nations unies pour les mettre sur leurs hélicoptères ou avions pour faciliter le trafic. Et les Nations Unies expliquent qu’ils sont complètement démunies face à ça, ils ne peuvent rien faire. La demande étrangère est largement supérieure à ce qui est produit par la RDC qui exporte environ 5 tonnes par mois de Coltan, sachant que les 3 à 5 kg représentantes 3 semaines de travail, il faut imaginer le nombre de personnes que ça fait dans ces mines. D’après le rapport des nations unies certaines sociétés ont suspendues leurs achats mais malheureusement pas la majorité d’entre elles. Certaines sociétés occidentales prétendent qu’elles ont des auditeurs externes sur place pour vérifier d’où viennent les minerais, ce qui est absurde vu la difficulté et la dangerosité locale à avoir accès aux mines étant donné les différentes bandes armées qui contrôle la région.

M. Helmlinger explique qu’on parle beaucoup du Coltan mais il y a aussi La cassitérite, le minerai de l’étain etc… on parle beaucoup du Coltan car c’est le plus documenté car il y a eu une surchauffe sur le marché en 2000-2001, où le montant du kilo de minerai est monté de 60$ à plus de 1000$, ce qui fait qu’il y a eu une explosion de l’exploitation du Coltan. Et si on additionne ce qui est exporté par le Congo et ce qui est exporté par le Rwanda du sol duquel ne sort pas un gramme de Coltan, c’est monté jusqu’à 20 à 25% de la production mondiale, et puis c’est retombé ensemble à 8%. L’Australie représente 57% de la production mondiale, au Brésil 15%, au Mozambique, au Canada et ensuite vient la RDC. Effectivement ce sont des métaux utilisés dans les téléphones portables et c’est effectivement des milices mais aussi les FLRDC, c'est-à-dire l’armée officielle ou des anciens groupes armés qui ont été intégré dans les FLRDC sans être amalgamés avec le reste et qui préfèrent rester établis autour d’une mine où ils exploitent des gens qui travaillent avec des pioches et des piques, des outils manuels. Et puis ils vendent le produit à des négociants qui vont les revendre à des comptoirs d’exploitation qui sont établis à Goma et c’est exporté et si le CNDP n’exploitait pas directement toutes les mines, ils percevaient des taxes au passage et puis le Rwanda aussi est un exportateur alors qu’il n’y a pas de Coltan au Rwanda.

Pour M. Schwebel, c’est vraiment ça le drame du Congo, y a pas d’Etat, y a des bandes armées qui pillent les richesses, en pillant les richesses ça leur permet de se procurer des armes. Ils ne se battent pas entre eux, ils détruisent les villages, entre eux ils se respectent même si de temps en temps, y a des petites bagarres, mais le vrai drame c’est qu’il détruise la population. Les 4 millions de morts, ce ne sont pas des morts armés, ce sont des civils et tout à l’heure on parlait de la violence faite aux femmes, il y a quand même un hôpital de femmes violées à Goma, il faut voir ce que c’est. Le viol est utilisé comme une arme de guerre. Pourquoi ? C’est pour faire pression, pour faire peur à la population, les utiliser pour exploiter les mines pour recueillir les richesses à leur seul profit. Qu’est ce qui se passe après ? La paix est signée, les bandits se mettent autour de la table et la première chose qu’ils décident ? L’amnistie. On s’amnistie mutuellement.


Pour M. Zerbib, il s’agit d’une curée généralisée de l’exploitation des ressources et le dernier rapport de l’ONU qui date du 12 décembre 2008 qui a été très difficilement rendu pour partie public, parce qu’on a réussi à démontrer que toutes les personnalités du pouvoir étaient mouillées dans le trafic des minerais. En fait, tous les groupes, quels qu’ils soient participent au pillage des ressources, et ça en devient une finalité. Ce qui état au début un moyen d’enrichissement, de se procurer de l’argent pour payer des armes, est devenu la finalité du conflit et sa perpétuation en fait.

 

  4)  La prolifération des armes en RDC malgré l’embargo

 

On va continuer sur les armes, parce qu’on a vu qu’il y avait un embargo sur les minerais, mais il y a aussi un embargo sur les armes et il faut savoir qu’il y a quand même 2 millions de fusils d’assaut en RDC, alors que normalement seuls les militaires de l’armée régulière devraient pouvoir s’armer selon les résolutions des Nations Unies. Alors la question c’est d’où viennent les armes au Congo, pourquoi les intermédiaires échappent ils si facilement à la justice internationale ou nationale, on peut voir l’exemple de Minin qui avait été arrêté lors d’un tapage nocturne en Italie, condamné pour trafic de drogue pour les drogues qu’il avait sur lui, la justice italienne s’est déclarée incompétente pour le trafic d’armes, alors quel est la difficulté des juridictions nationales et il y a un projet de traité de commerce des armes dans lequel Amnesty international a mis beaucoup d’espoir, est ce que cela va changer quelque chose ?

M. Zerbib explique que sur les armes, la résolution de l’ONU, qui avait été rédigé par la France en grande partie, devait veiller à la sécurité absolue et de embargo justement sur les armes, embargo qui a été levé pour l’armée nationale.  Les trafics d’armes existent, ça vient des pays voisins, ça vient du Rwanda etc … Alors pour répondre à la question sur la justice internationale, il faut savoir que la CPI n’es pas compétente pour se prononcer sur le trafic d’arme, elle n’intervient que dans le cadre de génocides ou crimes de guerre mais elle n’intervient pas dans le cadre de problèmes liés à un trafic d’armes. Elle est par la force des choses complètement incompétente. Pour les juridictions nationales ça devient délicat et puis on a des pays qui officiellement fournissent des armes. Ce ne sont pas que des milices ou des marchands d’armes à la petite sauvette, qui eux vont se retrouvés demain, on l’a vu pour certains russes ou d’autres sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Là nous avons des véritables pays, des Etats qui fournissent des armes donc il n’y a pas de sanction possible.

M. Helmlinger ajoute que sur les armes, il y avait un embargo général mais il a été levé il y a un peu plus d’un an pour l’armée nationale. Amnesty international a été protesté sur ce point pour la simple raison qu’il était complètement confirmé par le rapport du Conseil de sécurité que la principale source d’armes pour les groupes armées, c’est l’armée nationale. Le CNDP qui avait une armée solide n’avait qu’à attaquer et l’armée nationale détalait en abandonnant ses armes et il n’y avait plus qu’à les récupérer. Ou bien les groupes armés quand ils luttaient contre les ennemis du CNDP, étaient utilisés comme supplétifs de l’armée nationale et en échange évidemment on les armait. Et puis maintenant il y a le trafic alors l’embargo pour les groupes armés subsistent, seulement il y a 9 000 ou 10 000 km de frontières à contrôler qui sont caractérisées par les 3P : « porosité », « perméabilité », « permissivité » alors si les camions passent, il est cité un passage dans le rapport de l’ONU où deux conteneurs passaient à la frontière, l’un était rempli de motocyclettes selon le document, l’autre d’ustensiles de cuisine en aluminium, les deux conteneurs même poids. C’est impossible donc on peut supposer qu’il y avait des armes cachées.

M. Zerbib ajoute pour marquer les esprits, pour pouvoir contrôler ces frontières avec les 3P, au niveau de la MONUC, qui est la première force internationale, c’est un peu un cas teste pour l’ensemble des pays, dans le Nord Kivu, y a 6 000 hommes à peu près, ce qui fait un soldat pour 1 000 Km². Vous imaginez la porosité du contrôle avec des routes escarpées, y a pas de moyens, pas d’accès pour hélicoptères, donc c’est très compliqué voir quasiment impossible à contrôler. En plus souvent les contrôles qui sont faits proviennent de dénonciations volontaires où on va volontairement indiqué un convoi avec quelques armes pour pouvoir laisser passer les autres qui sont plus conséquents.  

M. Helmlinger ajoute que d’autre part ont été répertoriées 16 000 pistes de brousse en RDC donc les avions peuvent atterrir et le seul moyen est impossible, il faudrait 2 millions d’hommes statiques si on voulait contrôler.

M. Schwebel est assez critique sur la MONUC. « Je les ai vu se réfugier pour ne pas aller au combat contre certains rebelles, et les gens me disaient de la MONUC, moi je ne veux pas être sous le contrôle de telle Nation ou de telle autre Nation, ça se discute mais moi je suis assez critique sur la MONUC. Je pense qu’il faut une force armée organisée pour faire cesser ces massacres». M. Zerbib répond : « Parce que la MONUC est composée essentiellement des pays en voie de développement donc à part leur verser des fonds pour rester, malheureusement ils ne font pas grand-chose » M. Schwebel : « Malheureusement oui ! »

 
          5)  Quelles sont les rôles de la MONUC et comment se fait-il que les civils leur reproche de ne pas les protéger ? Est-ce que vous pensé que la dernière résolution de l’ONU qui donne plus de pouvoir au MONUC pour protéger les civils va changer quelque chose ?

 

M. Zerbib explique sur la MONUC est une mission qui est née le 30 novembre 1999 par la résolution 1291 du conseil de sécurité. Elle comprend environ 17 000 hommes aujourd’hui et doit être portée à 20 000 hommes, c’est la force la plus importante en hommes et en moyens financiers. Il y a 4 phases :

- la première phase est accès sur l’application de l’accord de cesser le feu

- la deuxième c’est le suivi de toute violation des droits de l’homme

- la troisième qui est en cours, c’est la DDRRR, désarmement, démobilisation, rapatriement, réinstallation et réinsertion.

- la quatrième qui est aussi en cours est la facilitation de l’organisation d’élections crédibles.

Elle est sous l’autorité de la charte des Nations unies, et la MONUC a la particularité par rapport aux autres missions de l’ONU de pouvoir utiliser tous les moyens nécessaires, notamment la force en théorie, pour pouvoir éviter toute violation des accords et tout débordement du conflit. On se rend compte qu’aujourd’hui ce n’est pas tout à fait le cas, qu’elle est surtout incapable de remplir sa mission avec des problèmes de contingents qui sont issus des pays en voie de développement placés sous le commandement de tels ou tels avec l’exemple des forces indiennes et des forces pakistanaises qui montrent quelques difficultés à coopérer ensemble et encore plus à être dirigées l’une par l’autre. Surtout en matière de protection des civils elle est particulièrement défaillante, d’une part parce qu’il n’y a pas de moyens en homme suffisants, et bon nombre d’interlocuteurs réclament une intervention beaucoup plus musclée de l’ONU et s’est posé récemment le problème de l’envoi en appui de la MONUC d’une force européenne. Beaucoup d’interlocuteurs européens ont estimé que c’était complètement inutile et que le problème de la MONUC était dans son organisation avec un manque de coordonation des différents contingents, parce qu’évidemment, ça pose un certain nombre de problèmes.

 

Rappelons que le Conseil de sécurité de l'ONU avait en effet autorisé dans sa résolution 1484 « le déploiement, jusqu’au 1er septembre 2003, d’une force multinationale intérimaire d’urgence à Bunia, en coordination étroite avec la MONUC, en particulier son contingent déployé dans la ville, en vue de contribuer à y stabiliser les conditions de sécurité et à y améliorer la situation humanitaire, d’assurer la protection de l’aéroport et des personnes déplacées se trouvant dans les camps de Bunia et, si la situation l’exige, de contribuer à assurer la sécurité de la population civile et du personnel des Nations Unies et des organisations humanitaires dans la ville » L’opération Artémis avaient en effet à l’époque permit la fin des exactions.

M. Zerbib explique alors qu’on se rend compte que la MONUC aujourd’hui n’a pas permis d’éviter tout ce qui est enfants soldats, tout ce qui est viol d’enfants de masse qui sont épouvantables.    

Par ailleurs, il faut rappeler que des exactions commises par des hommes de la MONUC ont parfois remis en cause la confiance des civils envers la MONUC. En mars 2006, exemple de 3 enfants de 12, 14 et 15 ans, vierges que des soldats du MONUC ont proposé de ramener chez elles alors qu’il pleuvait et qu’il commençait à faire nuit. Elles leur ont fait confiance car ils étaient du MONUC. Ils leur ont fait boire du Fanta avec de la drogue dedans et les ont violé.  Le docteur Arnold Kambale (gynécologue obstétricien de formation belge et anglaise) a répertorié 19 cas entre 9 ans à 16 ans avec des preuves tangibles (enfants avec des infections gynécologiques) à Goma malgré le silence des victimes qui ont peur des « intouchables ».  Un cas a même fait scandale « Didier Bourget » soldat français du MONUC qui s’était filmé avec une fillette et avait ensuite menacé la famille qui voulait se plaindre et qui a fui en Ouganda. Le 4 décembre 2006 Kofi Annan a envoyé aux Nations Unies qui réalisaient tout juste le problème un « zero tolerance message » avec l’envoi d’inspecteurs pour faire des enquêtes internes au manquement du code de conduite des casques bleus (qui incrimine les crimes habituels : viols, pédophilie et aussi le recours à la prostitution) Dans la réalité, les victimes sont difficiles à localiser, les auteurs difficiles à identifier … Depuis 2004, 148 casques bleus ont été rapatrié et bannis des missions de paix. Il est évident que cela n’aide pas la mission du MONUC sur place.

M. Zerbib a rattaché cet élément aux discussions de la première table ronde : les hommes de la MONUC sont des hommes avec tout ce que cela implique de comportement inacceptable.

 
               6) Quelles sont les violations des droits de l’homme en RDC ?

 

Rappelons que selon le droit international, les combattants n’ont le droit de viser que les autres combattants et que les Conventions de Genève interdisent de viser des civils.

 

On va parler des violations des droits de l’homme car c’est toute la difficulté en RDC, s’il n’y avait que des bandes armées qui se battent, ça serait non pas moins graves, mais moins dramatique tout de même. Toutes les forces armées en présence en RDC sont coupables de crimes de guerre sur les civils. En RDC, on parle tout de même de 4 millions de morts avec des massacres, des assassinats, des charniers, des kidnappings d’enfants qui vont dans les mines ou qui se retrouvent comme enfants soldats et bien sûr on va en discuter avec M. Schwebel, on a aussi des kidnappings et des viols de femmes avec 27 000 cas de viols répertoriés dans le Nord Kivu uniquement pour l’année 2006. avec des violes qui touchent toutes les femmes, enceinte ou âgées, filles, garçons, bébés, des femmes qui peuvent être traités en esclavage sexuel pendant plusieurs années et quand elles sont trop « abimées » des fois on les tue, des fois on les relâche, des fois elles s’échappent.

 

M. Zerbib nous donne le témoignage qu’ils ont recueilli d’une jeune fille de 16 ans, qui a été recruté à l’âge de 12 ans : « lorsque les Maïmaï ont attaqué mon village, nous avons tous fui. C’est dans cette fuite que les soldats ont capturé toutes les femmes même les très jeunes. Une fois avec les soldats, on était obligé de se marier avec l’un d’eux, qu’il soit jeune ou aussi vieux que notre père, gentil ou désagréable, il fallait l’accepter. Celles qui refusaient étaient tuées. C’est arrivé à l’une de mes amies. On massacrait les gens comme des poulets. Ils n’enterraient pas les corps de ceux qu’ils avaient tués. J’ai même vu une fille qu’on torturait parce qu’elle avait refusé d’être marié.

 

On peut donner un autre exemple : 30 hommes sont arrivés de la forêt, ils ont demandé au père de coucher avec ses deux fillettes de 4 et 6 ans. Le père a refusé. Ils ont frappé le père jusqu’à le rendre infirme et ont violé la mère. Ils ont demandé de les remercier. Dans cette situation, le mari n’a pas chassé sa femme, ce qui n’est pas courant car les femmes violées sont souvent considérées comme impures et sont donc souvent chassées de la société et ne peuvent plus se marier. On trouve des hôpitaux ou des associations de femmes violées car des gens essaient d’aider ces femmes violées. La ville de Goma connaît ainsi un hôpital uniquement de femmes violées. Dans cet hôpital, de nombreuses femmes violées sont devenues mère des « enfants ennemis ».

 

Pour M. Schwebel, ce qui se passe au Congo, dans cette région des grands lacs, est un drame absolu dont on ne parle pas beaucoup. C’est un drame absolu avec une barbarie totale et avec, ce qu’on a dit tout à l’heure, tout cela c’est économique, c’est pour s’enrichir qu’on massacre des populations. J’étais venu vous parler des enfants soldats de ce point de vue et tout particulièrement du sort des filles. Vous savez comment on devient enfants soldats ? On va à la sortie d’une école, on ramasse les gamins, on les entraîne dans la forêt. Ou alors on rentre dans une habitation, on tue la famille devant les yeux de l’enfant et on embarque l’enfant. Troisième façon de faire, c’est qu’on demande à l’enfant de tuer ses proches, comme ça c’est la meilleure méthode pour être sûr qu’il ne revient pas. Dans le monde, il n’a pas moins de 300 000 enfants soldats et ce qui se passe au Congo est probablement une des situations les plus dramatiques. Face à cela, il y a eu des résolutions des nations unies là-dessus et la France a été, dans ce domaine, positive, en pointe pour soulever ce drame et agir sur cette situation. Ce qu’il faut savoir c’est qu’enrôler des enfants de moins de 15 ans est un crime de guerre qui doit être condamné. Les gens qui se livrent à ce genre de pratique n’ont une envie de se mettre autour de la table pour s’amnistier mutuellement, c’est ce qui se passe au Congo où il y a une bande de criminels. Ça c’est inadmissible, il ne faut pas d’amnistie contre ces bandits qui se livrent à ce genre de crimes.

 

Il est alors intéressant de faire un bilan de l’état des victimes après cela.

Il s’agit, comme l’explique, M. Schwebel de réparer ces femmes physiquement (incontinences, destruction de l’appareil génital) et mentalement et de leur apprendre à ne pas haïr ces enfants. M. Schwebel a souligné la difficulté de réinsérer ces femmes dans la société, car elles sont dites « impures ». 

Pour les enfants on parle surtout d’enfants déconnectés de toute valeur morale, puisqu’à partir de 7 ans, on leur apprend à violer et tuer, et souvent ils ont été drogués. Y a des personnes qui sont choquées quand elles voient ces enfants soldats car souvent ils racontent les choses en riant. On peut citer une interview assez traumatisante d’un enfant qui raconte un forfait : « on rencontre une fille ou une femme, on essaie de faire une relation sexuelle avec elle. Si elle refuse, on la tue directement. » Le journaliste demande : « et vous en avez tué beaucoup » et l’enfant répond : « ce n’est pas grave ».  La question est alors, comment on peut réinsérer ces enfants ?

Pour M. Zerbib, tant qu’on n’aura pas résolu le problème des enfants enrôlés, des enfants soldats, dans le cadre de ce conflit par une intervention internationale beaucoup plus importante, avec une volonté politique beaucoup plus importante, ces enfants à l’issu d’un conflit seront soit jetés à la rue, soit complètement drogués, soit gardés, car il faut savoir que les milices armées refusent, elles même, de démobiliser ces enfants soldats car cela les affaiblit dans le cas d’un nouveau conflit. Ensuite il y a aussi un problème d’éducation parce qu’on sait que cette violence qui est faite aux femmes est propre à tous les conflits généralisés.

Pour M. Schwebel, le vrai problème, c’est la guerre civile. La guerre civile est source de toutes les atrocités. « J’étais à Goma, j’avais amené un groupe d’adolescents à un moment donné au contact des enfants soldats. C’est la première fois qu’ils voyaient des adolescents européens. C’était un choc au point qu’à un moment, on ne pouvait plus se parler, les enfants se sont mis à jouer, à mimer tellement c’était puissant. En pleine classe de l’école qui a été monté, je disais qu’en Europe il n’y a plus de guerre, une petite fille haute comme trois pommes se lève et dit : « comment c’est possible ? » Ils n’ont vécu que ça. Alors oui ils sont déstructurés, oui c’est un travail considérable que de les réinsérer, considérable ! Et quand j’avais ce groupe d’enfants soldats à côté du groupe d’enfants européens, je vous assure que le groupe d’enfants soldats était beaucoup plus mûr, je ne vais pas dire raisonnable vu ce qu’ils ont vécu, mais plus avancés dans la tête au point que son groupe d’adolescent disait « il faut qu’on se réveille ». Je ne vois pas d’autres solutions dans ces affaires là que de condamner totalement, sans amnistie possible, ces brigands qui se livrent à ce genre de pratiques, de geler leurs ressources, parce qu’ils s’en mettent plein les poches et on les retrouve dans les banques du monde entier. 

On a ensuite regardé la vidéo amenée par M. Schwebel concernant les enfants soldats et cette rencontre avec ces adolescents français.

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Publié dans Les Jeunes Centristes

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