Iran : entre espoir et grande inquiétude !

Publié le par Jeunes Centristes 94

Le pôle relations internationales et droits de l’Homme des jeunes centristes s’inquiète pour la population iranienne face aux heurts de cette nuit et condamne les violences commises par les forces de l'ordre contre les manifestants.

Selon les résultats officiels, le président sortant Mahmoud Ahmadinejad avait remporté vendredi la présidentielle par 62,6% des voix contre 33,7% pour son principal rival, l'ex-premier ministre Moussavi, qui, lui, est lui arrivé deuxième avec 33,75% des suffrages.

Pour les opposants au président Ahmadinejad, la participation record au scrutin, 85 %, plaide contre le président sortant. Des bloggeurs iraniens expliquent que les abstentionnistes qui, par leur défection au scrutin présidentiel de 2005, avaient permis l’élection de Mahmoud Ahmadinejad, se seraient mobilisés vendredi massivement pour soutenir un candidat alternatif, soit Moussavi, soit Karoubi, de façon à empêcher la réélection du président.
Le réalisateur iranien Mohsen Makhmalbaf qui vit à Paris et qui agit en tant que porte-parole de Moussavi à l'étranger affirme que le candidat présidentiel iranien Mir Hossein Moussavi aurait reçu vendredi soir un avis du ministère iranien de l'Intérieur lui précisant qu'il avait remporté les élections mais qu'il ne pouvait encore rien divulgué (FIN/IPS/2009).

Malgré l'interdiction officielle de manifester, les opposants à Ahmadinejad sont descendus dans la rue pour dénoncer les irrégularités du scrutin. Les rues iraniennes n’avaient plus vu cela depuis 1979. Selon les sources officielles iraniennes, ils étaient 100 000, hier, à manifester à Téhéran. Interrogés par l'AFP, deux policiers surveillant la manifestation ont cependant avancé qu'«au moins un million et demi» voire «deux millions» de personnes ont convergé sur l'avenue Azaadi à Téhéran.

Le guide suprême a tenté au premier abord de calmer l'opposition, en ordonnant l'ouverture d'une enquête sur l'issue de l'élection. Ainsi, hier soir, le chef du Conseil des gardiens de la constitution, l'ayatollah Ahmad Jannati, annonçait que son organisme se prononcerait bientôt sur la demande d'annulation du scrutin du candidat modéré Mir Hossein Moussavi. Toutefois, hier, l’opposition doutait de l’impartialité de cette décision relevant : «nombre de ses membres n'ont pas été impartiaux lors de l'élection et ont soutenu le candidat du gouvernement».

Les réactions ont fusé de toute part, hier et cette nuit, dans la communauté internationale.
L’Union Européenne a exprimé, hier, "sa vive inquiétude concernant les violences dans les rues et l'utilisation de la force contre des manifestants pacifiques" et demandé à Téhéran d'enquêter sur la conduite de l'élection présidentielle. La France et l’Allemagne ont demandé à Téhéran de lever les doutes sur la réélection de Mahmoud Ahmadinejad et le président Sarkozy a condamné, hier soir à 20h45, «les violences contre les manifestants, les arrestations d'opposants et de personnalités politiques, les restrictions aux libertés publiques». Soulignant que «plusieurs candidats de l'opposition ont contesté la validité du scrutin» «Il serait inacceptable que des manipulations aient faussé le résultat du vote, contre la volonté démocratiquement exprimée par le peuple iranien.»
Selon le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, «la volonté véritable du peuple devait être pleinement respectée» en Iran.
Cette nuit, vers minuit, Barack Obama s’est dit «profondément troublé» par les violences en Iran, tout en estimant qu'il revenait aux Iraniens de décider de leur président. «Nous respectons la souveraineté iranienne et nous voulons éviter que ce soient les Etats-Unis qui deviennent le problème en Iran», exprimant la préoccupation qu'une éventuelle intervention américaine ne soit exploitée par les ultra-conservateurs iraniens dans la crise actuelle. Le président américain prône une diplomatie «ferme», «une diplomatie sans illusions».

Entre les réactions de violence des forces de l’ordre et les déclarations du pouvoir en place, une répression sanglante pourrait être à craindre. Le ministère de l'Intérieur iranien a en effet prévenu qu'il tiendrait Mir Hossein Moussavi responsable de toutes les «conséquences» du mouvement. Par ailleurs, Mahmoud Ahmadinejad a accusé les médias étrangers de lancer une «guerre psychologique» contre son pays et les autorités iraniennes ont demandé à certains journalistes étrangers - présents en Iran pour la couverture de la présidentielle - à se préparer à quitter le pays...

Ce matin, la violence s’est amplifiée.
La radio d'Etat iranienne a annoncé vers 6h qu'au moins sept personnes avaient été tuées dans des affrontements dans la nuit dans "un rassemblement non autorisé" qui avait suivi la manifestation de Téhéran.
Face à cela, à environ 8h ce matin, le président du Parlement, Ali Larijani a critiqué le ministère de l'Intérieur qu'il juge «responsable» et «devant répondre» de violentes attaques contre des étudiants et des habitants d'une grande cité du nord Téhéran.
Le mouvement de protestation contre la réélection du président iranien s’est étendu pendant la matinée à plusieurs villes de province d'Iran, notamment Machhad, Ispahan, Shiraz…
Et alors que les opposants-manifestants au président Ahmadinejad avaient annoncé ce matin qu’ils manifesteraient vers 14h30 au même endroit qu’hier malgré l’interdiction, les partisans du président élu avaient prévu une Contre manifestation pro-Ahmadinejads à 13h30 sur la même place...
Enfin, alors que l’ex candidat modéré Moussavi avait appellé ce matin vers 9h «à défiler dans le calme», le porte-parole du Conseil des gardiens de la Constitution, interrogé par la télévision d'Etat, a, à priori, exclu d'annuler le scrutin, en ne prévoyant qu’un recomptage partiel sur les bulletins «sujets à objections». On pouvait s'inquiéter pour la population iranienne !
Deux dernières nouvelles :
Alors que les autorités iraniennes ont interdit à 12h15 à la presse étrangère de couvrir les manifestations illégales, dont celle des partisans de Moussavi de cette après midi, Moussavi a annulé sa marche. Un porte-parole du conservateur modéré a annoncé que la manifestation de cette après-midi était suspendue afin de «protéger des vie» et d'éviter «des confrontations planifiées». Moussavi demande à ses partisans de ne pas y assister. Le défilé devait avoir lieu au même endroit où allaient se rassembler une heure plus tôt les partisans de Mahmoud Ahmadinejad. Selon le Guardian, Moussavi craignait une flambée de violences après avoir appris que le gouvernement a posté 5.000 hommes en civil et armés pour confronter les protestataires.

Le pôle relations internationales et droits de l’Homme des jeunes centristes s’inquiète pour la population iranienne face aux réactions violentes du pouvoir en place.


On peut se demander dans quelles mesures la France pourrait pousser l’Europe à intervenir davantage de manière diplomatique ? Interpeller les gouvernements tchèque et suédois, respectivement à la tête du Conseil européen cette année, en vue de mener une concertation, en vue d'une déclaration commune, voire peut être d'une médiation, ne serait pas incongru. Le Président Sarkozy a su faire bouger les lignes en rassemblant l'Union Européenne lors du conflit géorgien. Ce précédent diplomatique pourrait il être réitéré en Iran ? Ce serait idéal dans l’intérêt des iraniens c'est-à-dire pour la protection, voire l'acquisition, de leurs droits politiques, du respect de la sincérité du scrutin et du retour à la tranquillité publique.
En aura-t-on seulement le temps ?

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